Retour à la liste des posts

Sobriété et changement systémique

systemic change energy sufficiency degrowth

Pour réduire les émissions de GES au plus vite, changeons le système et consommons moins mais mieux

Les nouvelles technologies bas-carbone, si elles ne sont pas utilisées de façon intelligente, ne suffiront pas à contenir à elles seules le changement climatique sous la barre des 2°C. Un changement systémique profond de l’économie mondialisée est nécessaire, qui se traduira par une sobriété énergétique pour consommer moins, mais de façon plus intelligente (écogestes notamment).

1. L’échec des efforts de lutte contre le réchauffement climatique appelle à des mesures d’urgence.

L’euphorie de la baisse des émissions de GES et de la pollution atmosphérique liée à la pandémie fut de courte durée. Les émissions repartent de plus belle, et les plans de relance nationaux soutiennent massivement les secteurs qui contribuent très fortement aux émissions de GES , que ce soit les exportations d’hydrocarbures au Canada ou en Australie, les centrales à charbon en Chine ou le soutien au secteur automobile ou aérien en Europe [1]. Pour se donner un aperçu du travail à effectuer à l’échelle internationale, il faudrait une crise COVID supplémentaire par an pour réduire les émissions de GES conformément à l’accord de Paris [2].

Graphe : émissions de GES mondiales post-covid

Comble de l’ironie, alors que les milliards pleuvent sur ses secteurs, peu de gouvernements arrivent à conditionner ces aides à des mesures claires en faveur du climat [3]. Pire, ces entreprises aux empreintes carbones colossales et soutenues par l’argent du contribuable distribuent dividendes aux actionnaires et parachutes dorés aux dirigeants [4].

Alors que le « rebond » post crise COVID fait remonter le thermomètre, l’Agence Internationale de l’Energie nous avertit que l’humanité n’a plus que 6 mois pour contenir le changement climatique sous la barre des 2°C [5]. La fenêtre de tir se rétrécit rapidement, et la barre symbolique des 1,5 °C de l’accord de Paris pourrait être franchie dans les… 5 ans à venir [6].

2. L’urgence est de changer le système à l’échelle internationale.

Conscients de l’ampleur des changements à opérer, les citoyens de par le monde se mobilisent. Les manifestations pour le climat rassemblent de plus en plus de monde (ex. : Australie il y a quelques mois), les groupes politiques défendant la réduction des émissions de GES et l’écologie continuent leur progression dans les démocraties, et les jeunes du monde entier répondent au cri de rage de Greta Thunberg, qui implore les adultes à agir de façon rapide et radicale.

Adrien, un des membres d’adapt, lors d’une des nombreuses marches pour le climat

Certains militants s’agacent parfois des efforts demandés à l’échelle individuelle par les politiques ou certaines marques opportunistes, qui sont souvent perçus comme l’arbre qui cache la forêt des actions qu’il faudrait sérieusement mener pour avoir un impact significatif sur le climat. Par exemple, on incite les citoyens à pratiquer « l’économie circulaire » avec le tri des déchets. Problème : une large partie des emballages plastiques n’est pas recyclable, et la faible part des emballages plastiques recyclés sert de « caution » à la consommation.

Une solution systémique serait de contraindre fortement la formulation chimique des emballages afin qu’ils ne contiennent que des matériaux plastiques qui puissent être recyclés. Une autre solution serait d’interdire complètement les emballages jetables, à l’image des sacs en plastique ou du système de consigne. Au-delà de ce changement systémique, même si les emballages devenaient 100 % recyclables, la sobriété serait de mise pour limiter l’impact de leur recyclage.

Ce qui semble désormais acquis sur les déchets dans certains pays est aussi vrai pour la nourriture, l’eau ou l’énergie : imposons le changement du système et consommons moins, mais mieux !

3. Nos propositions pour un changement systémique

À travers de nombreuses tribunes, manifestations et actions coup-de-poing symboliques (blocage de centres commerciaux, de mines à charbon, d’autoroutes ou d’aéroports), mais aussi avec les bulletins de vote, les citoyens, les scientifiques et les activistes de longue date appellent à un changement systémique radical de la façon dont l’économie mondiale est organisée aujourd’hui pour justement viser des actions à très fort impact en termes de réduction de l’empreinte environnementale de l’humanité.

adapt, solution citoyenne de réduction des émissions de GES, s’associe à cette démarche et milite fortement pour un changement systémique profond à l’échelle internationale.

La crise du COVID-19 a bien montré à quel point l’économie s’est mondialisée. Pour changer le système, on peut agir à l’échelle nationale, mais pour s’assurer que la transition soit juste et équitable pour tous, il faut agir à l’échelle internationale pour réduire les principales émissions mondiales de GES, avec par exemple :

  • L’abandon progressif de tous les traités de libre-échange entre les pays, qui incitent les entreprises multinationales à délocaliser vers des pays qui ont moins de normes sociales (pas de droit de grève par exemple) ou moins de normes environnementales (pas de taxe carbone par exemple) .
  • L’obligation pour tous les États de suivre leurs émissions de GES, avec un contrôle international grâce à un réseau de satellites indépendant capable de suivre les émissions des principaux GES (CO2 et méthane principalement)
  • L’instauration d’une taxe carbone internationale progressive, sur tous les GES, entre 50 et 100 € /tCO2e en 2030, comme préconisé par le rapport des économistes Nicholas Stern et Joseph Stiglitz (2017)
  • La taxation progressive des transactions financières à l’échelle internationale (la taxe « Tobin »), pour arrêter la spéculation financière et protéger l’économie réelle et durable
  • Un moratoire international immédiat sur la déforestation de toutes les forêts naturelles, vrai poumon de l’humanité (avec mécanisme compensatoire pour les pays en développement ayant un manque à gagner)
  • La création du Fonds Marshall pour le climat pour accélérer le transfert de technologies des pays industrialisés vers les pays en développement et aider les États les plus faibles à se protéger des impacts du changement climatique (ex. : montée des eaux dans les Etats insulaires de l’océan Indien et de l’océan Pacifique)
  • La création d’un organe de l’ONU chargé de lutter contre les « paradis environnementaux », cousins des « paradis fiscaux », États qui vont chercher à attirer des entreprises polluantes grâce à des mesures environnementales moins ambitieuses (ex : compagnies aériennes ne payant (presque) pas le carburant et encore moins de taxe carbone sur le kérosène dans les pays producteurs de pétrole…)
  • La création d’un passeport climatique international de « droit à polluer » pour s’assurer que les efforts sont équitablement répartis entre les êtres humains et pas seulement sur les plus pauvres tandis que les riches s’achètent des « droits à polluer » (passeport limitant par exemple les vols en avion internationaux à 1 vol A/R par an par personne)

Ces mesures radicales sont nécessaires. Différents États et organismes sont en train de mettre progressivement certaines mesures en place (comme l’instauration d’une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne, pour s’assurer que les industriels du monde entier réduisent leurs émissions de GES).

En plus, ce changement systémique international ne pourra se faire sans une remise en question profonde du modèle consumériste actuel. 7 milliards d’humains ne pourront vivre comme des Américains, il faudra faire des efforts. Un changement systémique se traduira nécessairement par une réduction de la consommation et une consommation plus intelligente.

GRAPHE : courbe d’émissions de GES par pays et par habitant

4. Un changement de système passe par consommer moins, mais mieux .

Pour préparer ce changement systémique au plus vite, les citoyens peuvent dès à présent réduire fortement leur empreinte carbone à l’échelle individuelle, notamment pour faciliter la transition dans certains secteurs, comme l’agriculture, les transports ou la production d’énergie.

De plus, en adaptant leur mode de vie à la réalité du changement climatique, les citoyens se préparent dès maintenant à un climat fortement modifié de l’échelle internationale (phénomènes climatiques intercontinentaux) à l’échelle locale. C’est bien à l’être humain de s’adapter au climat, et non l’inverse !

Dans le secteur de la production d’énergie (~15 % des émissions de GES à l’échelle mondiale rien que pour l'électricité), le développement des énergies renouvelables ne parvient pas à réduire la part des énergies fossiles. À mesure que les pays se développent, mais aussi que de nouveaux usages émergent (ex. : la publicité sur écrans), la consommation d’électricité continue d’augmenter. En Asie notamment, dans les zones fortement peuplées offrant peu de potentiel pour les EnR, le charbon reste la source de production de l’électricité de référence. La meilleure façon de réduire son empreinte carbone, c’est donc de consommer moins d’énergie pour laisser les énergies renouvelables remplacer plus rapidement le charbon.

Graphe : BP – évolution de la part des énergies dans le mix mondial

Par ailleurs, au fur et à mesure que les énergies renouvelables variables (solaire et éolien) poursuivent leur formidable croissance sur tous les continents, les réseaux électriques doivent gérer une double variabilité :

  1. Une consommation électrique variable, avec des pics de consommation selon l’heure de la journée, journée travaillée (ou non) ou la météo (chauffage électrique l’hiver et air conditionné l’été)
  2. Une production électrique de plus en plus variable avec le développement des énergies renouvelables (solaire et éolienne principalement)

Un changement systémique passe donc nécessairement par moins de consommation, mais aussi par une consommation plus intelligente de l’électricité.

Comment décaler certains usages électriques lorsqu’il y a beaucoup d’électricité d’origine solaire et éolienne dans le réseau ?

5. Nous avons créé adapt pour aider les citoyens à moins consommer et mieux consommer

Conscients que notre engagement dans notre vie professionnelle pour la transition énergétique et que nos modes de vie et choix personnels durables étaient malheureusement insuffisants pour initier un changement systémique, nous avons fait le choix d’allier nos forces pour construire un outil qui milite pour ce changement via la sobriété énergétique [7].

En toute transparence, nous alertons l’humanité sur l’impact climatique réel de la consommation d’électricité en fonction du temps, et l’invitons à moins consommer et à mieux consommer.

GRAPHE : carte d’Europe avec pays adapt

En effet, sauf s’il habite près d’une centrale de production électrique ou d’une ligne à haute tension, l’impact environnemental de l’électricité consommée est invisible pour le consommateur final. Nous avons pour ambition de rendre visible ce lien diffus entre l’impact environnemental de la production d’électricité et la consommation d’électricité.

Cet outil est 100 % gratuit, indépendant, basé sur des données open source mises à disposition par les gestionnaires de réseau. Cet outil a trois objectifs :

  1. Aider les citoyens à prendre conscience de l’empreinte carbone de leur mode de vie à travers une donnée fiable et transparente.
  2. Permettre aux citoyens, aux collectivités et aux entreprises de pouvoir radicalement baisser leur empreinte carbone, à travers une application gratuite, accessible à tous, en toute indépendance.
  3. Favoriser le développement des solutions bas-carbone, dont l’électricité renouvelable , partout dans le monde, de façon simple, efficace, sans susciter des coûts de gestion du système électrique supplémentaires.

Changeons le système, pas le climat !

Tribune écrite avec nos amis Alix, Marian, Patricia, Rémi, Tobias et Victor

PS : si toi aussi tu veux participer tout de suite à l'action collective, commence par consommer moins, mais mieux avec adapt 😉


  • [1] Source : articles Guardian Climate
  • [2] Source : XXXXX
  • [3] Seul le Danemark a conditionné les aides aux entreprises qui ne sont pas implantées dans les paradis fiscaux, l’évasion fiscale étant le premier manque à gagner de moyens pour soutenir la transition
  • [4] Maxime Combes, Atac
  • [5] Rapport IEA sortie COVID
  • [6] Organisation Météorologique Mondiale
  • [7] Nous travaillons tous de près ou de loin dans la transition énergétique en France et en Europe, voir le LinkedIn d’Adrien par exemple.